Lonesome Cowboy, Interview avec Soul Kitchen
Nick Wheeldon fait la nique à pas mal d'artistes en développement, à pas mal de projets prometteurs comme on dit dans les milieux autorisés. Il a joué dans de nombreux groupes, sort des disques comme un a multiplié les pains et chaque nouvelle fournée a une saveur différente. Tadpoles est assurément béni, riche en émotions et en arrangements, une communion musicale remplie d'espoir. SK* a voulu en savoir plus sur la genèse de ce disque avant la sortie du suivant déjà prêt !
Première porte d’entrée d’un disque, sa pochette, peux-tu nous en parler ? qui l’a créée ? Sa technique, sa symétrie, son symbolisme ?
Nick Wheeldon
Mon amie, Marie Meilhan-Bordes a dessiné cette très belle pochette et son art feature sur tous mes LPs solo, je vais la laisser répondre quant à sa signification. « C’est un monotype. Une nuit étoilée de tadpoles (têtards) dans un vallée reculée, ambiance no man’s land, western, avec l’homme chien sauvage qui vient retrouver quelqu’un.e qui l’aime dans la maison. »
C’est moi qui suis un peu obsédée par la symétrie. Il y a de la symétrie sur les pochettes de Make Art et Ashes In The Storm de Nick & Alizon. J’adore comment ça peut rendre des photos et des dessins psychédéliques. Pour cette pochette la symétrie représente deux granges et deux choix différents. L’homme chien doit décider qui il veut être et quelle ambiance il veut créer dans les granges.
Pendant l’enregistrement à Luë j’ai envoyé des photos à Marie de la grange et la maison famille de Sam où on dort, au milieu d’une forêt de pins. Je pense qu’elle était fort inspirée par ses photos et aussi les souvenirs de sa propre maison familiale dans les Landes.
L’instrumentation du disque est particulièrement riche, comment as-tu travaillé ces arrangements ?
Nick1On ne se voit pas souvent pour travailler en groupe, comme on vit tous dans des villes différentes (Nico à Caen, Paul à Lille, Sam et Luc à Pompéjac et Steph à Esconac). On a beaucoup travaillé dans les balances de concerts. Aussi on a une première tentative d’enregistrement de Tadpoles à Lille en Novembre 2024, après qu’on a joué la moitié des morceaux live en tournée. Cet enregistrement était un peu tôt pour nous.
Quand on est ensemble on travaille vraiment non-stop, c’est fou. Il y a presque aucune photo de nous tous ensemble, on oublie chaque fois de les prendre. Pour Tadpoles c’était pareil, les arrangements étaient bossés sur place pendant l’enregistrement. Parfois, des erreurs ou blagues deviennent un arrangement, comme l’accord piano dissonant dans le troisième couplet de Forgotten Lines. Sam a joué cette accord pour me faire rire mais j’ai adoré donc on a gardé. Quand tu enregistres c’est souvent le cas, tu découvres que les arrangements qui étaient joués live depuis 2 ans au final ne marchent pas, ou pas parfaitement, donc il y a beaucoup d’éléments qui bougent dans une semaine d’enregistrement.
Je ramène les chansons dans leur forme la plus basique pour qu’on puisse arranger tout ensemble dans le moment. J’ai une énorme confiance en mes amis et leur force dans les arrangements, ils respecte ntvraiment les chansons et veulent le mieux pour elles.
Comment s’est constitué The Living Paintings avec qui tu travailles depuis Waiting for The Piano To Fall ?
En 2021 j’ai enregistré Gift dans les conditions du live. Avec The Demon Hosts on avait répété quatre fois avant d’enregistrer ce LP en un jour. C’était une très belle expérience et un rêve réalisé. On savait qu’une enregistrement complètement live était maintenant possible et je voulais pousser cette expérience plus loin en enregistrant un LP avec un groupe qui n’avait jamais joué ensemble. Essayer d’enregistrer le moment magique où on joue un morceau pour la première fois.
Après la fin du Covid et le moral bas pour plusieurs raisons personnelles, je voulais réunir mes amis Luc Martin (basse), Nico Brusq (Batterie), Paul Trigoulet (Lead Guitare), Sam Roux (Piano) et Stéphane Jach (Violon et Flûte). Tout le monde était un peu cassé par cette époque, ils n’avaient pas joué de la musique dans un groupe depuis un an. Sam avait même très mal aux doigts en arrivant, on ne savait même pas s’il pouvait jouer du piano avec sa douleur. La naissance de groupe était un moment de réparation mentale et physique pour chaque membre.
Même si on avaitjamais joué tous ensemble dans un groupe, on avait quand même fait pas mal de musique ensemble avant. Paul et Nico ont enregistré et mixé plusieurs de mes albums, avec Sam on a joué ensemble dans 39th & The Nortons, Stéphane a fait des arrangement violons sur mes albums et Luc a enregistré le piano sur un de mes LP. Luc, Paul et Sam ont joué dans Bootchy Temple ensemble et Paul et Sam même dans leur premier groupe, Casablanca. On était tous très proches mais on n’a jamais trouvé du temps pour jouer tous ensemble jusqu’à la.
L’album a été fabriqué en seulement 7 jours, peux-tu nous parler de sa conception ? Tu avais des ébauches de chansons, des maquettes ou tout a été créé en studio ?
Au début du processus je leur envoie toujours les morceaux en guitare voix avec des textes en forme de démo. C’est très important pour moi que les membres du groupe soient d’accord avec mes paroles. Il y a pas un grand risque qu’ils soient perturbés mais c’est important quand même je veux qu’ils sachent tout avant accepter de les jouer.
Les deux premiers jours d’enregistrement étaient consacrés à monter le studio. Enregistrer dans un grange donne l’impression de vivre un rêve mais la réalité est qu’il faut ramener et monter tout un studio analogique en peu temps et avec peu de matos. Il faut composer constamment avec des surprises. Par exemple, y’avait une machine à café qui si elle n’était pas débranchée faisait un clic électrique énorme qui pouvait gâcher une prise. Après il a fallu trouver une position pour chaque instrument dans la grange, il faut aussi prendre le temps pour trouver un équilibre dans nos casques pour que tout le monde puisse écouter leurs instruments. Avec 6 instruments et plusieurs fréquences en même temps, ce n’est pas si simple.
Pas mal d’arrangements sont inventés en studio à ce moment. Il y a une liberté de jouer pour chaque membre de groupe et chaque instrument, on aime bien nous surprendre nous même. On avait aussi joué live dans plusieurs formations de The Living Paintings où parfois on a joué complètement acoustique ou sans batterie et avec Luc à l’orgue. On avait un plusieurs arrangements différents pour chaque morceau, l’enregistrement était le moment de faire un choix entre eux.
La meilleur moment d’enregistrement était les répétitions et enregistrements de section cuivre. La père de Sam, Michel Roux, habitait en face de la grange où on a enregistré. C’est lui au Mellophone avec Paul à le trompette qui a écrit les parties. Paul joue de la trompette depuis un an et c’était la première fois qu’il jouait dans une section cuivres, de voir le voir progresser jour après jour était trop beau, ils ont répèté dans les petit pauses chaque jour et l’enregistrement de cuivres était le moment le plus beau de la semaine. Ils ont été rejoints par Marc Mouches au saxophone baryton pour compléter la section.
Peux-tu nous parler des arrangements qui sont à la fois délicats et somptueux avec une pluralité d’instruments ?
Comparé à Waiting For The Piano To Fall, les chansons sur Tadpoles son plus singer / songwriter, plus pop, plus simples mais dans cette simplicité les arrangements prennent plus de temps à définir. Ajouté, la contrainte que l’on avec le 8 pistes, on était obligé de les réfléchir avant commencer l’enregistrement. Après avoir enregistré live la voix, guitare acoustique, guitare électrique, violon, piano, basse et batterie on avait une piste qui restait pour un arrangement de plus sur chaque morceau.
Les sections cuivres et chœurs sur Summer Prey, You Can’t Have It All et Patient of Desire étaient enregistrés sur la huitième piste en même temps que Sam à côté du micro et la section cuivre de l’autre. Sur Forgotten Lines le violon est doublé avec une alto pour créer un effet mellotron.
On est arrivé au mixage avec Paul, dans son Fausse Boutique Studio à Lille, les arrangements ont continué. On a mixé live sur le Tascam 388 et couché les mixes sur une Fostex E2 deux pistes. On a trouvé qu’il manquait quelque chose àSummer Prey et Hilda & Jesus, on les a passé dans une Tascam MS16 pour ajouter le free sax et la clarinette de Laurent Rigaut qui fait partie de The Make Art Band. Sur Summer Prey Laurent à ajouté du chaos, sur Hilda & Jesus de la mélodie.
L’image de ces trois machines analogique en train de tourner était très excitante, je compare cela souvent comme travailler à la NASA avec plein de boutons partout et où un potentiel faux mouvement peut effacer un ou plusieurs instruments, cela nous est déjà arrivé plusieurs fois.
Pendant le mixage on a aussi joué avec un autre façon d’arranger, avec le pitch ou la vitesse du morceau. Le Tascam 388 avec lequel on a enregistré n’était pas le même que celui du mixage et chaque machine lisait les bandes à sa propre vitesse. On était obligé de décider par nos propres oreilles quelle était la vitesse propre de chaque chanson.
Chaque fois qu’on a couché un mix sur une nouvelle machine, la vitesse a encore changé. J’ai voulu aussi ajouter un orgue sur Hilda & Jesus mais les pitchs du morceaux étant tellement bizarres, c’était impossible d’accorder l’orgue dessus.
L’album s’ouvre sur You can’t have it all qui évoque la liberté, te sens-tu libre dans ce monde qui ne fait qu’enfermer les gens dans leurs certitudes et leur individualisme ?
Non, je me sens moins et moins libre dans ce monde qui tourne autour des mensonges, de la manipulation et de la peur. Dernièrement les actions des fascistes, par exemple au CCL de Lille il ont enfermé et agressé les groupes et le public dans un concert et après tagué et menacé tous les bars de gauche à Lille, ça me rend dingue. Faut-il que l’on envisage de se battre physiquement devant nos bars et salles de concerts préférés pour qu’on puisse s’exprimer ? Ca me semble complètement dystopique et en même temps une triste réalité. J’ai des amis qui prennent des cours de combat en préparation. Comment en est-on arrivé là ? J’ai pleuré devant mon psy, je me sens inutile en faisant de la musique à cette époque. Il m’a convaincu que l’expression et la musique sont si importantes dans ce temps et je suis complètement d’accord que cela fait partie de la bataille, c’est juste difficile de voir clairement dans la brume. Cette chanson représente de la peur, quand nos pires peurs deviennent réalité on est parfois libéré, quand on est toujours vivant, debout.
C’était important que cela soit le premier titre de l’album et le premier titre diffusé ?
Oui, c’est presque comme un mini LP dans une chanson. Cela ouvre avec le désespoir et finit avec l’espoir, donc déjà, ce titre dessine un peu les sujets qui vont arriver dans l’album. La seconde partie du morceau est aussi un peu un easter egg, un lien entre As I Stood Before The Mountain de Waiting For The Piano To Fall et Tadpoles. Je ne l’ai jamais imaginé en single mais le moment où il a été enregistré avec les cuivres ajoutés, cela me semblait évident. C’était aussi le premier morceau mixé. Je veux créer une ambiance comme This Wheel’s On Fire de Bob Dylan & The Band. You Can’t Have It All est aussi complètement différent en son, structure et ambiance de mon dernier album, Make Art. C’est important pour moi de regarder devant et montrer avec que chaque disque à sa propre âme et histoire.
Sur le deuxième titre qui vient de sortir, Sleeping Dogs tu t’interroges, « has it ever been so simple, to slip into the dark ? », les paroles sont dures mais la chanson est lumineuse ? plonger au plus profond pour mieux remonter ?
Je n’arrive pas encore à parler publiquement du sujet de Sleeping Dogs. Presque personne, même proche de moi, ne sait de quoi il parle vraiment. Mais déjà, en écrivant cette chanson ça m’a fait énormément de bien. D’avoir trouvé une façon de m’exprimer a probablement sauvé ma vie. Quand j’ai commencé de chanter live, au début, c’était très libérateur. A un moment, ça devenait lourd et très difficile de chanter devant les gens mais, maintenant, je suis plutôt en paix avec la chanson et j’adore chanter avec Sam. C’est comme faire un câlin en un regard parfois, même si il est de l’autre côté de la scène, derrière son piano. Plonger au plus profond pour mieux remonter ? Probablement, j’aime bien le sentiment de l’underdog. (et le premier single de Sly & The Family Stone).
J’ignorais jusqu’à écouter ton disque la signification de tadpole, tu peux nous en dire un peu plus puisque c’est la chanson qui donne son titre au disque ?
Un Tadpole est un têtard. C’était un peu titre blague au début, j’imaginais mes chansons comme les têtards, sans jambes ni bras. The Living Paintings transforme mes chansons en grenouille avec tous ses artifices. Je suis content de bien honorer tous les têtards parce que, comme mes chansons, il n’y en a pas beaucoup qui ont survécu à leur accouchement. Il sont aussi l’image de la naissance, de la transformation et évolution. Quand j’étais enfant j’étais jamais très loin d’un étang et ses têtards, ils m’ont toujours fasciné. Une fois j’ai regardé ma sœur nourrir des têtards avec de la viande hachée, c’était comme voir des piranhas ils étaient tellement sauvages.
Quels sont tes maîtres en musique ? L’album sonne très The Band et Dylan…
C’est sûr que The Basement Tapes est une de mes albums préférés et probablement mon LP desert Island. En parlant de liberté, faisant de la musique avec tes potes sans aucune notion de le sortir cette musique, je pense pas qu’il y a beaucoup des disques si connus fait dans cette façon. C’est pour ça que les chansons sont tellement drôles, touchantes, de loosers et osées. Plein de têtards. Le son d’un groupe de gens qui savent exactement, et à la même fois pas du tout, quoi ils en train de faire. J’ai tout récemment écouté l’extended version du Basement Tapes, j’avais peur, mais c’est incroyable. Ils ont fait tellement de belles musiques ensemble, l’idée d’une mauvaise idée n’existe pas, tout est essayé. Quand j’avais 12 ans mon ami Luke Cable (R.I.P.) m’a montré The Last Waltz, j’ai ensuite acheté tous les albums de tous les artistes : The Band, Bob Dylan, Neil Young, Van Morrison, The Staple Sisters, Emmylou Harris et Muddy Waters. J’avais l’impression d’ouvrir un coffre de trésor. 1978 semblait si loin de 1995, je réalise qu’aujourd’hui que j’étais né, seulement 5 ans après le dernier concert de The Band. Oops.
Gene Clark et Gram Parsons étaient très importants pour moi vers mes 18/19 ans. J’ai découvert grâce à Uncut Magazine et leur CD du mois où j’ai écouté Dark End of the Street par The Flying Burrito Brothers. Greg Cartwright avec Oblivians, Compulsive Gamblers et Reigning Sound ont été très importants. Les trois artistes ont en commun qu’ils mélangent du punk, folk, rock, country, soul et psychédélique pour créer un musique nouvelle à base de musique traditionnelle.
Pour moi il y a un autre grande influence sur l’album, Loaded par The Velvet Underground. Je n’ai pas trop pensé jusqu’à la fin de l’enregistrement mais, comme leur quatrième LP, chaque morceau de Tadpoles peut être un single, il est très pop, arrangé et garde un son lo-fi ou live. L’album parle de tellement sujets durs que c’est un miracle que cela soit si joyeux. Je suis content de partager un peu d’espoir dans ce monde si cruel, en espérant qu’il n’est pas trop décalé.
Tes coups de cœur du moment, musique, cinéma, littérature, autres ?
Alors mes films préférés de l’année dernière: Bird par Andrea Arnold, L’Aventura par Sophie Letourneur, Sentimental Value par Joachim Trier, Left Handed Girl par Shih-Ching Tsou, One Battle After Another par Paul Thomas Anderson et Tardes de Soledad par Albert Serra. En série, j’ai adoré Knight of the Seven Kingdoms et Pluribus. Les deux premiers singles de John Andrews & The Yawns et Cutworms sont géniaux, hâte de découvrir les albums. L’album de Insecure Men est aussi très beau. Hâte d’écouter les nouveaux albums de Handy Curse et Don Idiot, prévus pour cette automne. Il y a aussi Alizon et Chiens de Faïence qui sont sorti des super albums, enregistrés au Jachement Bien Studio par Stéphane Jach. En livre, je recommande Detroit 67 : The Year That Changed Soul de Stuart Cosgrove, un premier livre d’une trilogie qui parle de soul musiques et de politique de cette époque. J’ai commencé la suite Memphis 68 : The Tragedy of Southern Soul. Je lis aussi un super livre de compilation de critiques et interviews en Bob Dylan édité par Sean Egan, The Mammoth Book of Bob Dylan, c’est un peu comme monter dans une machine à voyager dans le temps et mega geek.